Dossier Alstom-SNCB : un combat difficile pour l’emploi local
Quel constructeur de trains pourra décrocher la méga-commande (600 rames) de la SNCB ?
C’est la question à au moins 1,7 milliard d’euros. La réponse définitive tombera dans les prochains jours.
Pour l’instant, les nouvelles ne sont pas bonnes pour le constructeur Alstom (qui possède des sites à Bruges et à Charleroi) et pour ses travailleurs. Le mardi 2 septembre, l’auditeur du Conseil d’État a recommandé de rejeter le recours d’Alstom contre l’attribution de la commande de la SNCB à l’entreprise espagnole CAF. Dans les jours à venir, le Conseil d’État rendra son arrêt définitif.
Ce qui a précédé
En février, la SNCB avait désigné CAF comme candidat préféré pour la livraison de 600 nouvelles rames. Les autres candidats – Alstom et Siemens – avaient introduit un recours auprès du Conseil d’État, estimant que la procédure n’était pas suffisamment transparente. Le Conseil d’État avait alors suspendu la procédure et la SNCB avait dû revenir à la table à dessin. Fin juillet, la SNCB avait de nouveau conclu que CAF obtenait le meilleur score sur les critères de l’appel d’offres. Une décision incompréhensible pour la FGTB Métal (et pour beaucoup d’autres).
En effet, Alstom dispose de deux usines importantes dans notre pays (à Bruges et à Charleroi, soit environ 2.000 emplois) capables de construire ces trains. Pour garantir l’avenir de ces sites, la commande de la SNCB est cruciale. De plus, Alstom proposait un prix inférieur à celui de CAF, alors que l’écart global dans le scoring de l’appel d’offres était minime et à peine en faveur de CAF.
Violations des droits humains
Entre-temps, plusieurs organisations de défense des droits humains (comme 11.11.11 et Vrede vzw) se sont jointes à la procédure devant le Conseil d’État. En effet, CAF construit et entretient un réseau de tram et de train reliant Jérusalem à plusieurs zones (illégalement) colonisées en Cisjordanie. L’entreprise se rendrait donc coupable de violations des droits humains et aurait dû être écartée de la procédure d’attribution.
En première ligne pour l’emploi
Le mardi 2 septembre, le Conseil d’État a examiné le dossier. Une délégation de la FGTB Métal a suivi l’audience de près. Le délégué principal Pascal Van Hove a déclaré : « Aujourd’hui, nous avons encore du travail jusqu’en mai-juin 2026. Mais après cela, la commande de la SNCB est vitale. La production commencerait en 2027-2028 et offrirait une perspective de dix à douze ans de travail. Ne pas obtenir ce contrat serait catastrophique. »
Pour la FGTB Métal, la conclusion est claire : la commande de la SNCB doit aller à Alstom, non seulement pour l’avenir des 2.000 travailleurs de Bruges et de Charleroi, mais aussi pour une industrie durable et équitable en Belgique.
L’auditeur du Conseil d’État en a toutefois jugé autrement. Selon lui, la SNCB a correctement appliqué les règles européennes en matière de marchés publics et aucune erreur d’évaluation n’a été commise. Quant aux objections des organisations de défense des droits humains concernant les activités de CAF dans les colonies israéliennes illégales, elles ont été jugées irrecevables.
Le Conseil d’État rendra son arrêt définitif dans les prochains jours. Comme l’a dit notre délégué principal Pascal à l’issue de l’audience du 2 septembre : « C’est une mauvaise nouvelle pour l’entreprise et pour les travailleurs. Mais nous attendons évidemment la décision officielle. »