Agoria, la fédération patronale de l'industrie technologique, a récemment publié que les secteurs technologiques ont connu une légère croissance (+0,5 %) en 2014. Par contre, 2014 a été une mauvaise année pour l'emploi (moins 8000 emplois), notamment à cause de la fermeture de Ford Genk et de son impact sur les sous-traitants.

Perspectives favorables pour 2015

Agoria prévoit une nouvelle baisse du chiffre d'affaires de 1,5 % pour 2015 et associe à nouveau cette prévision au départ de Ford Genk. Sans cette perte, l'industrie technologique aurait connu une légère croissance (+ 1%). Malgré tout, Agoria tient à nouveau compte de la disparition de quelque 1500 emplois en 2015.

La désindustrialisation ne doit pas être une fatalité

Nous avons donc des raisons d'arborer un certain optimisme. Toutefois, il faut se rendre à l'évidence qu'après 2008, l'industrie de notre pays n'a plus jamais connu le niveau d'avant la crise en termes de chiffre d'affaires et d'emploi. C'est cela qui est nouveau et, quoi qu'on en dise, alarmant car les précédentes crises ont toujours été suivies d'une croissance plus marquée.

Notre vision diffère évidemment souvent de celle d'Agoria mais pas lorsqu'ils affirment, se référant à nos pays voisins, que cette désindustrialisation n'est pas ou ne doit pas être une fatalité. De plus, il devient chaque jour un peu plus évident qu'une société sans industrie manufacturière nous mène droit à un cimetière social.

Seulement des super emplois et des emplois pourris ?

Les missionnaires de l'économie de services ont certainement dû avaler de travers lorsqu'il est récemment apparu que la moitié de nos emplois étaient menacés par la robotisation et que les emplois du secteur des services étaient parmi les plus menacés. Heureusement, menacés ne signifie pas immédiatement supprimés. Mais le danger est réel que nous arrivions à une société où seuls demeurent des super emplois et des emplois pourris, et où le segment central aurait disparu. C'est l'une des raisons pour laquelle l'industrie manufacturière doit subsister.

L'usine de demain est déjà un fait ...

Et les patrons savent très bien qu'il ne s'agit pas uniquement d'une question de coût salarial. Agoria a récemment proclamé Continental, New-tec, Dentsply Implants et Provan comme les premières « usines de l'avenir » en Flandre. Des entreprises de haute technologie qui investissent dans la numérisation, l'écologie et l'implication de leurs collaborateurs. Des entreprises qui, contrairement à ce que leurs activités pourraient laisser penser, emploient de nombreux ouvriers.

New-tec produit du matériel de haute technologie pour la communication satellite et d'autres sociétés de technologie. Mais Newtec n'est pas une entreprise d'ingénieurs. La moitié de ses cinquante travailleurs sont des ouvriers, dont certains n'ont pas obtenu de diplôme A2. Dentsply Implants, qui numérise la technologie pour la mesure et la production d'implants dentaires, occupe aussi de nombreux ouvriers.

... mais pas sans les syndicats

Ces nouvelles facettes de l'industrie manufacturière vont exiger du syndicat une adaptation. Certaines des entreprises de l'avenir possèdent une délégation syndicale. D'autres, comme Dentsply, se prévalent de ne pas avoir fait grève le 15 décembre. Mais le processus d'apprentissage touchera les deux parties. En effet, l'implication des travailleurs se passe généralement mieux et plus efficacement par le biais du syndicat. L'industrie de demain se crée aujourd'hui, mais la concertation sociale de demain aussi.

Herwig Jorissen
Président