Ce 7 janvier n'aura pas été une journée comme les autres. En pleine ville, des terroristes-criminels ou des criminels-terroristes ont perpétré un raid meurtrier dans les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo et dans un supermarché juif. Ces événements ont été suivis, quelques jours plus tard, par une intervention mortelle à Verviers, destinée à éviter un autre attentat chez nous, plus précisément contre des locaux de la police.

Politique du retour de flamme

Afin d'afficher sa détermination, le gouvernement a immédiatement pris 12 mesures contre l'essor du radicalisme et du terrorisme. La vitesse à laquelle nos hommes politiques ont une nouvelle fois réagi à des problèmes/situations urgent(e)s nous incite à nous demander pourquoi, puisqu'ils savent aussi rapidement ce qu'ils doivent faire, ils ne l'ont pas fait auparavant. L'expérience nous apprend en effet qu'il n'y a rien de plus grave et de plus dangereux que la politique du retour de flamme. Et pourtant, on recommence à l'appliquer à chaque fois. Nous sommes donc aujourd'hui censés nous sentir en sécurité parce qu'une trentaine de paras déambulent dans la ville d'Anvers.

Entre-temps, l'objectif est de nous faire croire que nous serons mieux dans un monde où l'armée patrouille dans les rues, les armes à la main, même si l'on sait que cette stratégie n'a pas réussi à éviter les attentats de Paris. Il serait également préférable que les autorités sachent un maximum de choses à notre sujet (où nous nous trouvons, où nous allons, ce que nous disons/écrivons sur notre ordinateur ...). Alors même que l'un des problèmes tient précisément à la trop grande quantité de données dont disposent actuellement nos services de renseignement ...Que faire en effet de toutes ces données si l'on ne peut pas ensuite assurer la surveillance ? L'objectif consiste désormais à nous faire accepter progressivement de renoncer à une part de notre liberté au nom de notre sécurité.

Le radicalisme profite de l'inégalité

La violence barbare ne mérite aucune excuse, que ce soit à Kaboul, à Paris ou chez nous. L'exclusion et la discrimination ne justifient pas que l'on puisse tuer. Et encore moins la religion. Il n'empêche que cette exclusion, cette discrimination et ce mépris existent bel et bien. Les jeunes issus de l'immigration ne se sentent pas acceptés, quittent trop tôt l'école, ne trouvent pas de travail, sont méprisés et contrôlés à tout-bout-de-champ par la police, dont certains des membres affichent une attitude raciste. Cela aussi, c'est la réalité et cela favorise l'éclosion d'un groupe de jeunes influençables dont toute une série de personnes mal intentionnées tentent de profiter. Le fait de nier cette inégalité et cette discrimination ne permettra pas de déradicaliser ces jeunes, bien au contraire. L'inégalité ne fera jamais le terreau d'une société saine.

Approche dure

L'opposition que nous avons menée ces derniers mois marquait notre opposition à une politique asociale et était un combat pour une société plus solidaire. Cette lutte se poursuit bien évidemment mais elle n'est plus uniquement de nature socio-économique. Elle devient également un combat pour des valeurs, pour la liberté et l'égalité. C'est pour cela que ce 7 janvier n'a pas été une journée comme les autres. Parce que notre société a été touchée en plein cœur.

Et la solidarité est détruite

C'est précisément pour cette raison que nous devons nous montrer vigilants vis-à-vis de toute personne souhaitant restreindre temporairement notre liberté en privilégiant la RÉPRESSION au lieu du CŒUR. C'est en effet ainsi qu'ont toujours agi les gouvernements autoritaires. Pourtant, une société qui renonce à la liberté et à l'égalité finit également à terme par détruire la solidarité entre les êtres humains. La peur crée une société méfiante et c'est pourquoi notre combat est aussi un grand combat pour une société plus sociale. C'est pourquoi le slogan #jesuischarlie était et reste pour nous toujours aussi pertinent.

Herwig Jorissen
Président