L'année touche à sa fin. Nous avons connu la manifestation syndicale la plus populaire depuis des décennies (6 novembre), ainsi que les grèves les plus réussies (d'abord provinciales puis nationale le 15 décembre). Nous avons bravé un gouvernement de droite qui a lancé l'attaque la plus audacieuse qui soit sur l'État-providence et les syndicats, sous le couvert « qu'il n'y a pas d'alternative ». On a essayé de nous isoler, de nous diaboliser et même de nous criminaliser.

L'année touche à sa fin. Et l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques, qui n'est pas vraiment une organisation très à gauche, a calculé que le fossé croissant entre les riches et les pauvres a un impact négatif sur la vache sacrée, à savoir la croissance économique. « Les inégalités salariales ont un impact important et statistiquement négatif sur la croissance, et une politique de redistribution axée de grandes inégalités dans le revenu disponible n'a aucune incidence négative sur la croissance. » Pire encore, jamais au cours de ces trente dernières années le fossé n'a été aussi grand entre les riches et les pauvres. Ce alors que les inégalités salariales n'avaient pas augmenté en Belgique depuis 1985 et avaient même baissé depuis le début de la crise économique en 2007.

L'année touche à sa fin. Une enquête conjointe du Knack et de VTM a démontré que 56 % des Flamands comprennent les grévistes. Que 80 % des Flamands déclarent être touchés par les mesures d'économie. Que selon 78 % des Flamands, les mesures d'économie ne sont pas réparties équitablement. Que 60 % des Flamands estiment que les inégalités salariales ont augmenté. Que 70 % des Flamands trouvent que le fossé salarial est un problème considérable et que 50 % pensent que les mesures des gouvernements actuels vont accroître ce fossé. Pas étonnant que 85 % estiment donc que le gouvernement doit résoudre ces inégalités. Seulement 18 % trouvent que la charge fiscale est correctement répartie et 92 % estiment que le travail est trop lourdement taxé. 85 % est en faveur d'une imposition sur les patrimoines supérieurs au million d'euros et 65 % pour une imposition sur les bénéfices issus de la gestion d'actions. L'opinion des Flamands sur la fiscalité et les inégalités ressemblent à un programme syndical. Mais qui représente la majorité de ce pays finalement ?

L'année touche à sa fin et les chercheurs britanniques (Richard Wilkonson et Kate Pickett) ont publié une étude qui démontre que dans les pays où le syndicat est plus fort, les inégalités sociales sont réduites et la société est plus saine. Plus la population d'un pays est syndiquée, plus les inégalités sont minimes. De plus, dans un pays, la tendance est la même. Dans les années cinquante, les syndicats américains étaient plus forts et les inégalités étaient plus réduites. Les syndicats garantissaient en effet de meilleures conditions salariales et de travail.

L'année touche à sa fin. Quoi que l'on en dise, nous ne sommes pas descendus dans la rue ou nous n'avons pas fait grève dans notre propre intérêt mais dans l'intérêt collectif et social. Nous sommes la digue face aux inégalités. La lutte contre ce gouvernement de droite et pour l'égalité sera une lutte de très longue haleine. Notre stratégie devra s'axer sur cette lutte pour ne pas perdre le soutien que la population nous accorde. Car en 2015 aussi, nous devons nous ressolidariser. Nous souhaitons à tous les militants, les adhérents et les travailleurs de joyeuses fêtes de fin d'année et une bonne et heureuse année 2015.

Herwig Jorissen


Président